Des moments loufoques chez les animaux sauvages

Chaque année, le concours des « Comedy Wildlife Photography Awards » récompense les photos d’animaux sauvages les plus drôles. Les clichés primés cette année ont été dévoilés récemment par le jury.
Sommaire4 sections
  1. 01Ce que le jury récompense vraiment
  2. 02Le palmarès 2023, catégorie par catégorie
  3. 03Pourquoi ces photos marchent si bien
  4. 04Participer, si l'idée vous tente

Un kangourou qui semble jouer de la guitare invisible dans un champ de Perth : la photo de Jason Moore a gagné les Comedy Wildlife Photography Awards 2023, et elle ne montre aucun animal drôle. Elle montre un déclenchement au bon millième de seconde.

C'est la première chose à comprendre devant ces images. Le kangourou se gratte le ventre avec sa patte avant, comme le font tous les kangourous gris au réveil. Le renard qui a l'air de fumer le cigare tient une brindille. Le comique est entièrement dans notre tête, et le concours ne prétend pas le contraire : il joue sur ce décalage et s'en sert pour parler de conservation.

Ce que le jury récompense vraiment

Le concours existe depuis 2015. Il a été lancé par deux photographes animaliers, Paul Joynson-Hicks et Tom Sullam, avec une idée assez simple : la photo de nature sérieuse fait culpabiliser, la photo de nature drôle fait partager. Les fonds levés vont à la conservation, en particulier au Whitley Fund for Nature, qui finance des projets de terrain menés par des naturalistes locaux. Le gag sert de porte d'entrée.

Le jury ne note donc pas seulement la blague. Une image floue mais hilarante ne passe pas le premier tour : il faut une bête nette, un cadrage qui laisse respirer la scène, et un comportement réel derrière la posture.

Un kangourou gris dressé sur ses pattes arrière dans une prairie, patte avant repliée vers le ventre

Le palmarès 2023, catégorie par catégorie

Jason Moore a raflé le prix général. Le reste du palmarès s'est réparti entre plusieurs catégories, avec des noms qui reviennent régulièrement dans ce concours.

  • Vittorio Ricci, primé pour un ornithorynque saisi dans une posture improbable, une bestiole australienne qu'on photographie rarement en pleine lumière tant elle est discrète.
  • Jacek Stankiewicz, pour deux girafes dont les encolures se croisent au point de ressembler à un pas de danse.
  • Otter Kwek, pour un groupe d'otaries alignées face à l'objectif comme une photo de classe.
  • Brian Matthews, pour un singe pris en pleine grimace.

Cette nuance n'enlève rien au plaisir des images, elle change juste ce qu'on en dit. Un écureuil figé en position de pose vient de repérer un mouvement. Un manchot qui semble danser rétablit son équilibre sur la glace. Le photographe arrache une fraction de seconde à un comportement qui, déroulé en entier, n'a rien d'amusant.

Pourquoi ces photos marchent si bien

Notre cerveau reconnaît des visages et des intentions partout, jusque dans une prise électrique. Devant une posture animale qui ressemble à une posture humaine, il complète l'histoire tout seul. Les concours classiques luttent contre ce réflexe ; celui-ci s'appuie dessus, et ça lui a donné sa viralité : les finalistes circulent chaque automne bien au-delà du cercle des amateurs de comportement des animaux sauvages.

Le revers existe. À force de légendes anthropomorphes, on finit par croire qu'un lion règne réellement sur la savane. Les organisateurs accompagnent chaque édition de messages sur les espèces menacées, ce qui vaut mieux qu'un carrousel de bêtes rigolotes.

Participer, si l'idée vous tente

Le concours est gratuit et ouvert aux amateurs. Les inscriptions s'ouvrent au printemps pour un palmarès annoncé à l'automne. Les images doivent montrer des animaux réellement sauvages, non captifs et non nourris pour l'occasion, et les retouches lourdes sont écartées. Un téléphone suffit sur le papier, mais les finalistes utilisent presque tous un téléobjectif : la distance de fuite d'un animal libre ne se négocie pas.

Le meilleur conseil des lauréats tient en une phrase : shootez en rafale, triez après. Les postures loufoques ne se voient pas à l'œil nu, elles se découvrent sur l'écran entre deux images banales. Un jardin suffit pour commencer à observer la diversité de la faune sauvage à protéger.

Reste une question que le concours pose sans le vouloir : où s'arrête l'animal sauvage. Un renard urbain photographié sur un toit, un macaque habitué aux touristes, un cerf de parc périurbain ne sont plus tout à fait libres ni vraiment apprivoisés. Cette frontière floue entre animaux domestiques, apprivoisés et sauvages se voit très bien dans les sélections des dernières années.

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