Les manchots à l'honneur aujourd'hui c'est leur Journée mondiale

En français, les termes "manchot" et "pingouin" désignent deux types d'oiseaux qui sont souvent confondus mais qui appartiennent à des familles totalement différentes.
Sommaire5 sections
  1. 01Une journée née d'une observation de terrain
  2. 02Manchot ou pingouin, la confusion à régler une bonne fois
  3. 03Dix-huit espèces, et une répartition moins polaire qu'on ne croit
  4. 04Le guano, la sardine et les nids qui disparaissent
  5. 05À quoi sert une journée mondiale de plus

Le 25 avril n'a pas été tiré au sort. C'est la date autour de laquelle les manchots Adélie quittent leurs colonies antarctiques pour partir en mer, un départ observé depuis des décennies par les équipes de la base américaine McMurdo, qui en ont fait leur journée.

Une journée née d'une observation de terrain

Groupe de manchots sur un rivage rocheux au bord d'une mer froide

L'origine de la Journée mondiale des manchots tient à une routine de chercheurs. Les hivernants de McMurdo, sur l'île de Ross, voyaient chaque année les Adélie décamper vers la banquise à peu près à la même période, fin avril. Ils ont commencé à marquer le coup, la chose s'est répandue hors du continent, et la date s'est installée. Une seconde journée, le 20 janvier, existe aussi sous le nom de Penguin Awareness Day, ce qui explique la confusion récurrente entre les deux.

Manchot ou pingouin, la confusion à régler une bonne fois

En français, ce sont deux oiseaux différents et l'erreur est massive. Le manchot appartient à la famille des sphéniscidés, vit exclusivement dans l'hémisphère Sud, ne vole pas, et ses ailes sont devenues des palettes osseuses qui le propulsent sous l'eau. Le pingouin, lui, désigne le petit pingouin (Alca torda), un alcidé de l'Atlantique Nord, qui vole parfaitement et niche sur les falaises de Bretagne et d'Islande. Le mot anglais penguin, qui recouvre les manchots, entretient le malentendu à chaque traduction de documentaire.

Le grand pingouin, lui, ne volait pas et ressemblait beaucoup à un manchot. Il a été exterminé au milieu du XIXe siècle, les derniers individus connus ayant été tués en Islande en 1844. C'est l'un des rares cas où l'on peut dater à l'année la disparition d'une espèce d'oiseau européenne.

Dix-huit espèces, et une répartition moins polaire qu'on ne croit

Les spécialistes reconnaissent dix-sept à vingt espèces selon la façon de traiter certaines populations proches. Deux seulement nichent sur le continent antarctique lui-même, l'empereur et l'Adélie. Les autres se répartissent sur les côtes de l'Afrique du Sud, de l'Amérique du Sud, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et des îles subantarctiques. Le manchot des Galapagos vit sur l'équateur, par des températures d'air qui dépassent régulièrement 25 degrés, et il doit son existence au courant froid de Humboldt qui remonte le long de la côte sud-américaine.

Le manchot empereur reste le seul oiseau à se reproduire en plein hiver austral, le mâle couvant l'œuf unique sur ses pattes pendant environ 65 jours, sans manger, par des températures qui descendent sous les moins 40 degrés.

Le guano, la sardine et les nids qui disparaissent

Le cas du manchot de Humboldt, sur les côtes du Pérou et du Chili, montre bien comment se combinent les menaces. L'oiseau creuse son nid dans les épaisses couches de guano accumulées sur les îles. L'exploitation industrielle de cet engrais, au XIXe puis au XXe siècle, a emporté le substrat en même temps que la ressource, laissant les couples pondre à découvert, exposés au soleil et aux prédateurs. La réserve de Punta San Juan, au sud de Lima, sert de laboratoire à des protocoles de récolte espacés qui laissent des zones intactes pendant la reproduction.

S'ajoute la pêche à l'anchois, la plus grosse pêcherie mondiale en tonnage, qui prélève exactement la proie dont dépendent ces colonies. Quand un épisode El Nino réchauffe l'eau et fait plonger la ressource, les adultes reviennent au nid les becs vides et les jeunes ne passent pas la saison.

À quoi sert une journée mondiale de plus

Honnêtement, pas à sauver une espèce. Elle sert à faire circuler des chiffres qui restent sinon dans les rapports : la colonie du Cap qui est passée d'un million de couples au début du XXe siècle à quelques milliers aujourd'hui, les dizaines de milliers de poussins empereurs perdus en 2022 dans la mer de Bellingshausen quand la banquise a lâché avant la fin de la mue. Si vous en gardez un geste concret, ce sera le choix du poisson que vous achetez et le soutien direct à une organisation qui travaille sur une colonie précise.

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