Le chat domestique, ami de l'homme, mais ennemi de la nature ?
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Oui, les chats tuent beaucoup d'oiseaux, mais les chiffres les plus cités viennent des États-Unis et désignent surtout les chats sans maître. Pour un chat de maison, la marge de manoeuvre existe.
La question revient à chaque exposition ou reportage sur le sujet, et elle mérite mieux qu'un procès ou qu'un haussement d'épaules. L'exposition "Félins" présentée à la Grande Galerie de l'Évolution du Muséum national d'Histoire naturelle, à Paris, en 2022 et 2023, posait le paradoxe sans détour: la plupart des grands félins sont menacés, et le plus petit d'entre eux, celui qui dort sur nos canapés, pèse sur la faune commune.
D'où vient le chiffre des milliards
Il vient d'une étude publiée en 2013 dans Nature Communications par des chercheurs du Smithsonian et de l'agence fédérale américaine de la faune. Leur estimation: entre 1,3 et 4 milliards d'oiseaux et plusieurs milliards de petits mammifères tués chaque année aux États-Unis par les chats. Deux précisions changent la lecture. Le chiffre concerne un seul pays, pas la planète. Et environ deux tiers de ces prises sont attribués aux chats sans propriétaire, harets ou errants, pas aux chats de compagnie.

Là où l'impact est établi sans discussion, c'est sur les îles. Des faunes qui ont évolué sans prédateur terrestre n'ont aucune défense: les chats débarqués avec les navires figurent parmi les causes directes de plusieurs dizaines d'extinctions insulaires documentées, oiseaux, reptiles et petits mammifères confondus.
Tous les chats ne pèsent pas pareil
Un chat de maison nourri deux fois par jour, stérilisé, qui sort dans un jardin de banlieue, ne joue pas dans la même catégorie qu'une colonie de chats harets installée en milieu naturel, qui vit entièrement de sa chasse. Le premier prélève, souvent près des mangeoires et des haies de village. Le second dépend des proies pour survivre, et chasse donc en continu.
Une autre pression est moins visible: le chat forestier européen, Felis silvestris silvestris, s'hybride avec les chats domestiques des villages de lisière et attrape leurs maladies, leucose et immunodéficience féline en tête. Ici, l'enjeu n'est pas le nombre d'oiseaux tués mais la dilution génétique d'une espèce protégée.
La clochette, elle, donne des résultats inégaux: certains chats apprennent à se déplacer sans la faire sonner. Rentrer l'animal la nuit limite les captures de petits mammifères mais pas celles d'oiseaux, qui se font au petit matin. Et le point de départ reste la stérilisation, parce qu'une chatte non stérilisée alimente en quelques années la colonie errante du quartier.
Ce qu'on peut honnêtement conclure
Le chat n'est pas l'ennemi de la nature, et il n'est pas non plus innocent. La pression qu'il exerce est réelle, concentrée sur les milieux fragiles et sur les populations déjà affaiblies par la disparition des haies et des insectes. Elle se réduit par des gestes qui ne coûtent presque rien: stériliser, identifier, jouer tous les jours, éloigner la mangeoire à oiseaux des zones d'affût. Cela ne ramènera pas les oiseaux à eux seuls, mais c'est la part qui nous revient.
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