Le cheval islandais, un petit cheval rustique au caractère unique
Sommaire9 sections
- 01Une frontière fermée depuis mille ans
- 02Petit par la taille, cheval par le statut
- 03Cinq allures, dont deux qui ne s'apprennent pas
- 04Le tempérament : franc, pas mou
- 05Santé : la contrepartie de l'isolement
- 06Ce qu'il vaut face à un cheval de selle classique
- 07Mille ans de travail avant le loisir
- 08Combien ça coûte
- 09À qui il convient vraiment
Un cheval islandais qui quitte l'Islande ne rentrera jamais. La règle est absolue depuis des siècles, elle explique presque tout de cette race : sa pureté génétique, ses cinq allures, et aussi sa fragilité une fois exporté sous nos climats.
Une frontière fermée depuis mille ans
Les premiers chevaux ont débarqué sur l'île avec les colons scandinaves, autour de 874, au moment de la colonisation. Ils venaient de Norvège et des îles Britanniques, et ils ont été à peu près les derniers à faire le voyage. Vers l'an 1000, l'Althing, l'assemblée islandaise, interdit l'importation de chevaux. Ce texte n'a jamais été abrogé.
La règle actuelle va plus loin : un cheval islandais exporté perd définitivement le droit de revenir, même pour une compétition, même pour une saillie. Un étalon champion vendu en Allemagne ne reverra pas les pâturages du Nord. Le matériel de monte usagé, selles, tapis, bottes, est lui aussi filtré à l'entrée du pays.
Ce huis clos de mille ans a produit une population d'environ 80 000 chevaux en Islande, pour à peu près 350 000 habitants, et autant à l'étranger, principalement en Allemagne, au Danemark et en Suède. Aucune autre race équine ne se laisse raconter aussi simplement : un stock de départ, zéro apport extérieur, mille ans de sélection par le climat.
Petit par la taille, cheval par le statut
L'islandais mesure entre 1,30 m et 1,45 m au garrot, ce qui le place sous la barre des 1,48 m qui sépare officiellement le poney du cheval dans la plupart des règlements. Les Islandais s'en moquent et parlent de cheval, jamais de poney. Il y a une raison morphologique à cela : la tête, l'encolure et les proportions générales sont celles d'un cheval, pas d'un poney, et un adulte de 80 kg se monte sans que l'animal peine.
Le squelette est massif, les sabots durs au point que beaucoup de chevaux travaillent pieds nus toute l'année en Islande. Le poids adulte tourne autour de 330 à 380 kg, une densité qui surprend quand on compare à la taille.

Le pelage, sa vraie arme
Le poil d'hiver de l'islandais est double : une bourre laineuse sous des jarres longs et gras qui font glisser la pluie. Il pousse en septembre, tombe en mai, et il isole assez bien pour que les chevaux passent l'hiver dehors sans abri fermé, avec du foin et un point d'eau non gelé. Le tondre ou le couvrir sans raison revient à démonter ce système.
Le stud-book islandais reconnaît une quarantaine de robes de base, qui se combinent en plus de cent nuances : noir, alezan, bai, isabelle, palomino, gris, pie, rouan, et le fameux « windlitt » à crins clairs. Cette diversité n'a rien d'un hasard génétique récent, elle vient du stock de départ viking, qu'aucune mode de sélection n'a jamais réduit à deux ou trois couleurs.
Cinq allures, dont deux qui ne s'apprennent pas
La plupart des chevaux ont trois allures : pas, trot, galop. L'islandais en ajoute deux, et il s'agit d'un caractère héréditaire, lié notamment au gène DMRT3, pas d'un dressage. On sélectionne le cheval qui les possède, on ne les enseigne pas à celui qui ne les a pas.
Le tölt
Allure à quatre temps latérale, sans temps de suspension : à tout moment, un ou deux pieds touchent le sol. Résultat, le dos du cheval ne monte ni ne descend, et le cavalier reste assis sans être secoué. Les Islandais montrent ça en tenant une chope de bière pleine pendant la démonstration. Le tölt tient entre 10 et 30 km/h selon le cheval, et c'est l'allure de randonnée par excellence : on avale des heures de terrain sans se casser le dos.
L'amble volant
Le skeið, ou flying pace, est une allure à deux temps où les deux membres d'un même côté avancent ensemble, avec une phase de suspension complète. Sur les courses de 100 m ou 250 m, les meilleurs frôlent les 50 km/h. C'est une allure de sprint, tenue quelques centaines de mètres, pas une allure de balade. Elle demande un cavalier expérimenté : mal demandée, elle désorganise le cheval et abîme son tölt.
Contrairement à ce qu'on lit souvent, l'islandais n'a pas le monopole de l'amble. Le paso fino portoricain, le Tennessee walking horse, le mangalarga marchador brésilien et quelques autres races ambulent aussi. Ce qui est propre à l'islandais, c'est de réunir les cinq allures dans une race unique, non croisée, et de les évaluer officiellement en concours.
Le tempérament : franc, pas mou
La réputation de gentillesse est méritée, mais elle est souvent mal comprise. L'islandais est confiant, curieux, il vient au contact et il se laisse manipuler par un enfant. Il n'est pas éteint pour autant : c'est un cheval qui a du sang, qui avance, et qui peut se montrer têtu quand il estime que la demande n'a pas de sens. Pour un cavalier débutant, c'est plutôt une bonne chose : le cheval ne pardonne pas tout, mais il ne panique pas.
Le trait de caractère le plus marquant tient au grégarisme. En Islande, les chevaux vivent en troupeau toute l'année, souvent par dizaines, et un islandais isolé dans un box devient rapidement anxieux. Si vous en achetez un, prévoyez un congénère. Un cheval seul, même bien nourri, ne va pas bien.
Une remarque de terrain, souvent faite par les moniteurs : l'islandais lit le cavalier plus vite que la moyenne. Il teste, il prend l'initiative si on lui laisse le vide, et il se ferme si on tire. Les cavaliers venus du saut d'obstacles mettent en général quelques séances à lâcher la main et à laisser l'encolure monter, condition sans laquelle le tölt ne s'installe pas.
Une place à part dans le pays
Le cheval reste un marqueur d'identité nationale, célébré tous les deux ans au Landsmót, la grande fête équestre qui rassemble plusieurs centaines de chevaux et des dizaines de milliers de spectateurs. Ce n'est pas une course, c'est un concours d'allures et d'élevage, avec des juges qui notent le tölt, l'amble et la conformation. Le rassemblement d'automne, le réttir, quand on redescend les troupeaux des hautes terres et qu'on les trie par propriétaire, tient lui aussi de la fête de village. Sur ces manifestations, chaque éleveur peut comparer ses chevaux aux autres animaux de la ferme et à leurs usages, dans un pays où l'élevage reste au centre de la vie rurale.
Santé : la contrepartie de l'isolement
On lit partout que l'islandais est indestructible. C'est vrai en Islande. Ça l'est beaucoup moins ailleurs, et c'est le point le plus important de cet article.
Ce chiffre change complètement le calcul d'achat. Un cheval né et élevé en Allemagne, en France ou au Danemark, exposé aux moucherons dès son plus jeune âge, est bien moins touché qu'un cheval importé d'Islande à six ans. Si vous achetez, demandez le lieu de naissance avant de regarder les allures. Il n'existe pas de traitement qui guérisse la dermite une fois installée : on gère avec des chemises anti-moustiques, des abris, des soins locaux, et un vétérinaire pour les crises.
L'autre point de vigilance est le poids. L'islandais est un cheval de pays pauvre, programmé pour engraisser l'été et maigrir l'hiver. Mis dans un pré normand grassement pourvu, il grossit vite, et l'obésité chez cette race ouvre la porte au syndrome métabolique équin et à la fourbure. Un islandais rond n'est pas un islandais en forme. Le pâturage limité, éventuellement au panier, fait partie de l'entretien normal.
Le reste ressemble à ce qu'on doit à n'importe quel cheval : vermifugation raisonnée sur coproscopie, dents contrôlées une fois par an, pieds parés toutes les six à huit semaines, vaccins selon le calendrier du pays. Une alimentation adaptée, du mouvement quotidien et le suivi vétérinaire régulier décrit dans notre dossier sur le bien-être des animaux de compagnie font le plus gros du travail.
Ce qu'il vaut face à un cheval de selle classique
Le tableau ci-dessous compare des ordres de grandeur, pas des vérités individuelles. Un selle français bien élevé vit vieux lui aussi, et un islandais mal tenu tombe malade comme un autre. Pour élargir la comparaison, notre sélection de races de chevaux pour débuter l'équitation replace l'islandais parmi les montures accessibles.
| Caractéristique | Cheval islandais | Cheval de selle européen |
|---|---|---|
| Taille au garrot | 130 à 145 cm | 155 à 175 cm en moyenne |
| Poids adulte | 330 à 380 kg | 500 à 600 kg |
| Allures | 5 (pas, trot, galop, tölt, amble volant) | 3 (pas, trot, galop) |
| Âge au débourrage | 4 à 5 ans | 3 à 4 ans |
| Espérance de vie | 25 à 30 ans | 25 à 30 ans |
| Hivernage | Dehors, abri ouvert suffisant | Box ou abri fermé selon la race |
| Point faible connu | Dermite estivale après export, embonpoint | Variable selon la race |
Mille ans de travail avant le loisir
Jusqu'au milieu du XXe siècle, l'Islande n'avait quasiment pas de routes carrossables et pas un seul kilomètre de voie ferrée. Le cheval était le seul moyen de traverser l'île : on l'appelait « þarfasti þjónninn », le serviteur le plus utile. Il portait le poisson séché, le foin, le courrier, le médecin et le pasteur, il traversait des rivières glaciaires que personne ne franchit à pied.
Ce passé de bête de somme explique la morphologie actuelle mieux que n'importe quel standard de race. On a gardé les chevaux qui rentraient, pas les plus beaux. Ceux qui gardaient le pied sûr sur la lave, qui retrouvaient le chemin dans le brouillard, qui tenaient une journée de terrain avec un homme sur le dos et deux sacs de morue. Les autres ne se reproduisaient pas, ou finissaient à la boucherie, une filière qui existe toujours en Islande et qui n'y choque personne.
Au XIXe siècle, des milliers d'islandais ont été vendus à la Grande-Bretagne pour descendre dans les mines de charbon, où leur petite taille faisait merveille dans les galeries basses. La mécanisation des années 1950 et 1960 a failli faire disparaître la race sur son propre sol : le cheval ne servait plus à rien. C'est le loisir équestre, à partir des années 1970, et l'exportation vers l'Allemagne qui l'ont sauvé.
Combien ça coûte
Les prix varient largement selon les allures et le niveau de dressage. En France, un islandais de loisir bien mis, quatre allures, se négocie couramment entre 5 000 et 9 000 euros. Un cinq allures confirmé dépasse facilement 12 000 euros, et les reproducteurs primés au Landsmót se comptent en dizaines de milliers. À l'inverse, un jeune non débourré importé se trouve nettement moins cher, mais avec le risque de dermite évoqué plus haut et plusieurs années de travail devant soi.
À l'entretien, l'islandais coûte moins qu'un cheval de selle : il mange moins, il vit dehors, il se passe souvent de fers. Une pension au pré tourne autour de 150 à 250 euros par mois selon les régions, contre nettement plus pour un box avec paddock. C'est un argument réel, à condition de se rappeler qu'il en faut deux.
À qui il convient vraiment
Le cavalier de randonnée y trouve son compte immédiatement : le tölt change la nature d'une sortie de six heures. Le cavalier adulte débutant aussi, parce qu'on tombe de moins haut et que le cheval reste lisible. La famille qui veut un cheval pour deux générations également, à condition d'en prendre deux.
Le cavalier de saut d'obstacles ou de dressage classique, en revanche, se trompe de race. L'islandais saute peu, et le travail de dressage académique n'est pas son terrain. C'est un cheval de terrain, de distance et d'allures, ce qui est déjà beaucoup. La curiosité pour les autres espèces, elle, se prolonge du côté des débats sur la liste des animaux nuisibles ou, plus léger, de nos photos d'animaux de compagnie.
Cet équidé évolue dans un milieu qui n'a pas grand-chose à voir avec celui des autres races de chevaux. Il s'est adapté pour vivre d'herbe rase et de plantes de bord de mer, et il encaisse des périodes de disette qui mettraient à mal un cheval de selle continental.
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