Hyène tachetée, dromadaire, oryx algazelle, phacochère, bonobo et okapi, ces animaux fascinants d'Afrique !
Sommaire7 sections
- 01Pourquoi ces six-là
- 02La hyène tachetée : un clan dirigé par les femelles
- 03Le dromadaire : la bosse est un garde-manger, pas une gourde
- 04L'oryx algazelle : disparu, puis relâché
- 05Le phacochère : locataire, pas terrassier
- 06Le bonobo : aussi proche de nous que le chimpanzé, pas davantage
- 07L'okapi : la girafe des forêts, découverte en 1901
La bosse du dromadaire ne contient pas d'eau, la hyène ne rit pas de joie, l'oryx algazelle a disparu de la nature avant d'y être ramené, et le phacochère creuse rarement son terrier. Six animaux africains rarement mis en avant, et les idées reçues qu'ils traînent.
Pourquoi ces six-là
Le safari a ses vedettes. Les autres espèces passent au second plan alors qu'elles racontent quelque chose de plus intéressant : des adaptations extrêmes au désert, des sociétés matriarcales, une espèce ramenée du néant. Chacune de celles qui suivent porte au moins une affirmation fausse qui se recopie depuis des années. Si vous cherchez les stars du continent, elles sont dans notre dossier sur les éléphants, lions, girafes et rhinocéros.
La hyène tachetée : un clan dirigé par les femelles
La hyène tachetée est le grand carnivore le plus répandu d'Afrique subsaharienne. Ses clans comptent jusqu'à 80 individus, structurés par une hiérarchie stricte que l'on hérite de sa mère, comme un rang de naissance. Les femelles y dominent tous les mâles sans exception, y compris le mâle le plus âgé, qui mange après le dernier des jeunes femelles. Une femelle pèse en moyenne dix pour cent de plus qu'un mâle.
L'image de la charognarde qui vole ses repas au lion est renversée par les données de terrain. Selon les régions, la hyène tachetée acquiert par la chasse la majeure partie de sa nourriture, souvent 60 à 95 pour cent, en poursuivant gnous et zèbres sur plusieurs kilomètres à 50 ou 60 km/h. Dans le cratère du Ngorongoro, ce sont plus souvent les lions qui s'approprient les proies des hyènes que l'inverse.

Ce que le « rire » signifie vraiment
Les hyènes tachetées disposent d'un répertoire vocal d'une dizaine de sons, et deux d'entre eux se confondent dans le langage courant.
Le whoop est un long hululement montant, répété, qui porte à cinq kilomètres. C'est le signal de contact à distance : il rassemble le clan, signale la position et l'identité de celui qui l'émet, chaque individu ayant une signature reconnaissable.
Le giggle, ce fameux « rire » saccadé, est tout autre chose. Il sort quand l'animal est bousculé, excité ou menacé, typiquement autour d'une carcasse disputée ou face à un dominant. C'est un signal de nervosité et de soumission, jamais un signe d'amusement. Une hyène qui « rit » est une hyène sous tension.
Autre particularité : les petits naissent les yeux ouverts, avec les canines et les incisives déjà percées, ce qui est unique parmi les carnivores. Les combats entre frères et sœurs commencent dans les minutes qui suivent la mise bas et décident du rang. La mère élève ses jeunes dans un terrier communautaire dont le boyau central est trop étroit pour un adulte, et elle produit un lait extrêmement riche en matières grasses, ce qui lui permet de s'absenter plusieurs jours pour chasser au loin.
Le dromadaire : la bosse est un garde-manger, pas une gourde
L'idée que la bosse stocke de l'eau est la plus tenace de toutes, et elle est fausse. La bosse est un amas de tissu adipeux, donc une réserve d'énergie, qui s'affaisse et bascule sur le côté quand l'animal jeûne longtemps. Ce placement de la graisse en un point unique laisse le reste du corps dégagé et facilite l'évacuation de la chaleur, ce qui compte plus, sous 45 degrés, que la réserve elle-même.
La résistance à la soif vient d'ailleurs, et elle est spectaculaire. Le dromadaire laisse sa température corporelle varier de 34 à plus de 41 degrés au fil de la journée, ce qui lui évite de transpirer tant qu'il n'a pas atteint le plafond. Ses reins concentrent l'urine à l'extrême, ses crottes sortent presque sèches, et ses globules rouges ovales supportent une déshydratation qui tuerait un autre mammifère. Il peut perdre le quart de sa masse en eau, puis en boire plus de 100 litres en une dizaine de minutes sans dommage.
Le dromadaire n'existe plus à l'état sauvage : tous ceux d'Afrique du Nord sont domestiques ou retournés à la liberté. Comptez 2,20 à 3,40 mètres de long, 400 à 600 kilos, une gestation de 13 mois et une longévité de 25 à 40 ans. Son lait, plus riche en fer et en vitamine C que le lait de vache, se conserve mal à la chaleur mais fait l'objet d'une filière organisée en Mauritanie et au Kenya.
Son rôle économique dépasse largement le folklore. Le Sahel compte plusieurs millions de dromadaires, et la sécheresse chronique pousse des éleveurs de bovins à basculer vers le chameau, qui produit du lait quand les vaches n'en donnent plus. Une caravane de sel comme celles qui relient encore Agadez à Bilma parcourt 600 kilomètres avec des bêtes chargées de 100 à 150 kilos, à une moyenne de 4 km/h.
L'oryx algazelle : disparu, puis relâché
Voici le cas le plus remarquable de la liste, et celui que la plupart des fiches racontent de travers. L'oryx algazelle, aussi appelé oryx à cornes en cimeterre, parcourait autrefois toute la bande sahélienne. La chasse et la sécheresse l'ont éliminé : l'UICN l'a déclaré éteint à l'état sauvage en 2000. Il ne survivait plus que dans des élevages de conservation et dans des ranchs privés, notamment au Texas et aux Émirats.
À partir de 2016, un programme mené au Tchad, dans la réserve de faune de Ouadi Rimé-Ouadi Achim, a relâché des animaux issus de ces effectifs captifs. Ils se sont reproduits sur place. En 2023, l'espèce a été reclassée « en danger », ce qui reste une situation grave mais représente l'un des très rares retours d'un animal officiellement disparu de la nature. Toute fiche qui indique « préoccupation mineure » pour cette espèce est à jeter.
Sur la morphologie aussi, une correction s'impose : ses cornes ne sont pas droites. Elles décrivent un long arc vers l'arrière, d'où le nom de cimeterre, et peuvent atteindre 1,20 mètre. Les cornes rectilignes appartiennent à l'oryx d'Arabie et au gemsbok. Quant aux bonds spectaculaires souvent attribués à l'algazelle, le stotting, ils sont le fait des gazelles et des springboks, pas des oryx.
L'animal mesure 1,80 à 2,20 mètres, pèse 135 à 200 kilos, porte son petit huit à neuf mois et vit une vingtaine d'années. Son pelage blanc réfléchit le rayonnement et sa robe reste fraîche au toucher en plein soleil ; il tire son eau des plantes et de la rosée, et peut tenir des semaines sans boire.
Le phacochère : locataire, pas terrassier
Le phacochère est ce cochon sauvage à la tête verruqueuse qui trotte queue dressée, un comportement qui sert de repère visuel aux petits dans les hautes herbes. On lit qu'il creuse de profonds terriers. C'est presque toujours faux : il occupe des terriers abandonnés par les oryctéropes, ces fouisseurs nocturnes qui creusent des galeries d'un mètre de diamètre. Le phacochère les élargit à peine et y entre à reculons, pour garder ses défenses face à l'entrée.
Il broute à genoux, littéralement, sur des callosités des poignets qui lui permettent d'atteindre l'herbe rase et de fouir les rhizomes du groin. Omnivore, il complète avec des racines, des fruits tombés, des insectes et parfois des charognes. Ses quatre défenses sont des canines : les supérieures s'incurvent vers le haut et servent surtout à la parade et au combat entre mâles, les inférieures, plus courtes, sont aiguisées par frottement et infligent les blessures sérieuses.
Comptez 90 à 150 centimètres, 45 à 110 kilos avec des mâles nettement plus lourds, une gestation d'environ 170 jours et deux à quatre marcassins. La longévité annoncée de 15 à 20 ans est très optimiste : en nature, un phacochère dépasse rarement 10 à 12 ans, la moitié des jeunes étant pris par les lions, les léopards et les hyènes avant leur premier anniversaire.
Le bonobo : aussi proche de nous que le chimpanzé, pas davantage
On présente régulièrement le bonobo comme « le primate le plus proche de l'homme ». Le classement n'existe pas : le bonobo et le chimpanzé commun sont, à égalité, nos plus proches parents vivants, avec environ 98,8 pour cent de séquence codante partagée. Les deux lignées se sont séparées l'une de l'autre il y a un à deux millions d'années, quand le fleuve Congo a coupé la forêt en deux.
Le bonobo ne vit que sur la rive gauche de ce fleuve, en République démocratique du Congo, et nulle part ailleurs. Sa société fonctionne à l'envers de celle des chimpanzés : les femelles, pourtant non apparentées entre elles, forment des coalitions qui dominent collectivement les mâles, et le rang d'un mâle dépend de celui de sa mère. Les tensions autour de la nourriture se règlent par des contacts sexuels brefs plutôt que par des morsures. On n'a jamais observé chez eux de raid mortel entre communautés voisines, contrairement aux chimpanzés.
Un bonobo mesure 70 à 83 centimètres assis, pèse environ 39 kilos chez le mâle et 31 chez la femelle, porte huit mois et vit autour de 40 ans. Frugivore avant tout, il complète avec feuilles, tiges, champignons et invertébrés. Son statut est « en danger », avec quelques dizaines de milliers d'individus au plus, dans un pays où le conflit armé rend le recensement difficile.
L'okapi : la girafe des forêts, découverte en 1901
L'okapi a un corps de grand ruminant brun velouté, des rayures blanches sur l'arrière-train et les cuisses, et une tête de girafe miniature. Ce n'est pas un cousin du zèbre : c'est le seul parent vivant de la girafe, avec le même cou allongé en proportion, les mêmes ossicônes chez le mâle et la même langue préhensile bleu noir, longue de 30 centimètres, avec laquelle il nettoie ses paupières et ses oreilles.
Les Européens l'ont décrit en 1901 seulement, à partir de peaux rapportées de la forêt de l'Ituri par Harry Johnston, alors que les habitants de la région le connaissaient depuis toujours. Sa discrétion explique ce retard : animal solitaire, silencieux, il vit dans une forêt dense où la visibilité dépasse rarement quinze mètres. Il communique avec son petit par des infrasons que le léopard, son principal prédateur, n'entend pas.
Il mesure 1,50 à 2,50 mètres, pèse 200 à 350 kilos, porte 14 à 15 mois et vit 20 à 30 ans. Il consomme plus d'une centaine d'espèces végétales, dont certaines toxiques pour d'autres herbivores, et complète par de l'argile et du charbon de bois qui neutralisent ces composés. L'espèce est classée en danger, avec une population en baisse continue dans une région instable de la République démocratique du Congo.
Observer un okapi dans la nature relève de la chance pure : les équipes de la réserve de faune à okapis, à Epulu, travaillent surtout par pièges photographiques et relevés d'empreintes. Les parcs zoologiques européens en présentent quelques dizaines, coordonnés par un programme d'élevage commun.
Ces six animaux ont un point commun tenace : ils sont mal documentés, et les fiches en ligne se copient les unes les autres sans jamais remonter à une source. Quand un chiffre vous paraît rond, il l'est souvent parce que quelqu'un l'a inventé.
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