Un papillon qui ressemble étrangement à un colibri : le Moro-sphinx
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Il n'existe aucun colibri sauvage en Europe, pas un seul. Le petit corps vrombissant qui butine votre lavande en vol stationnaire est un papillon, le moro-sphinx, et sa ressemblance avec l'oiseau-mouche est un des plus beaux cas de convergence de la faune française.
La confusion est si fréquente que des jardiniers appellent chaque été des associations naturalistes pour signaler un colibri échappé. La réponse est toujours la même : les Trochilidés vivent exclusivement sur le continent américain, de l'Alaska à la Terre de Feu. Ce que vous avez vu porte un nom scientifique, Macroglossum stellatarum, et six pattes.
Pourquoi il ressemble à ce point à un oiseau-mouche
Deux animaux sans aucun lien de parenté ont résolu le même problème de la même façon : atteindre le nectar de fleurs à corolle profonde sans se poser dessus. Le colibri l'a fait avec un bec et un vol battu à haute fréquence. Le moro-sphinx l'a fait avec une trompe enroulée sous la tête et un vol battu à haute fréquence. Les biologistes appellent cela une convergence évolutive, et c'est l'exemple qu'on sort en cours quand on veut la faire comprendre en trente secondes.
Le bourdonnement qu'on entend en s'approchant achève de tromper l'oreille. Attention à une idée fausse qui traîne partout : le moro-sphinx n'imite pas le cri du colibri, il n'émet aucun son volontaire. Ce vrombissement est purement mécanique, produit par la fréquence des battements, exactement comme celui d'un bourdon. Un papillon ne dispose d'aucun organe vocal.

Un papillon de nuit qui ne sort qu'au soleil
Le moro-sphinx appartient aux Sphingidae, une famille rangée chez les hétérocères, autrement dit les papillons dits de nuit. Il vole pourtant en plein midi, et de préférence par temps chaud. La contradiction n'est qu'apparente : le partage entre papillons de jour et papillons de nuit repose sur la forme des antennes et sur des critères anatomiques, pas sur les horaires de vol. Plusieurs hétérocères sont strictement diurnes, et celui-ci en fait partie.
Le nom vernaculaire, lui, est un joyeux désordre. Selon les régions on l'appelle sphinx colibri, sphinx du caille-lait, sphinx moineau, sphinx queue de canard, sphinx fou, sphinx des étoilées, macroglosse des gaillets, ou tout simplement oiseau-mouche.
- Moro-sphinx
- Sphinx colibri
- Sphinx du caille-lait
- Sphinx moineau
- Sphinx queue de canard
- Sphinx fou
- Sphinx des étoilées
- Macroglosse des gaillets
- Oiseau-mouche
Le mot sphinx vient de la posture de la chenille, qui redresse l'avant de son corps et le maintient immobile, tête rentrée, dans une attitude qui a rappelé aux naturalistes du XVIIIe siècle la statue égyptienne.
Un migrateur qui traverse la Méditerranée
L'espèce occupe une bande immense qui va du Portugal au Japon, en passant par l'Afrique du Nord et le Proche-Orient. Les populations qui arrivent en France au printemps viennent en grande partie du pourtour méditerranéen et remontent à mesure que la saison avance : on en observe jusqu'en Bretagne, en Normandie, dans le Grand Est et en Franche-Comté, et parfois au-delà du cercle polaire lors des grosses années d'expansion.
Ses performances de vol sont souvent exagérées dans les articles de jardinage. Les vitesses de pointe citées tournent autour de 50 km/h, mais il passe le plus clair de son temps à des allures bien plus faibles, en déplacements courts et en vol stationnaire. Ce qui impressionne réellement, c'est la précision : il ajuste sa position au millimètre face à une corolle qui bouge dans le vent, en corrigeant en continu.
Les hivers doux ont changé la donne. Longtemps considéré comme un visiteur estival incapable de passer la mauvaise saison au nord de la Loire, il hiverne désormais à l'état adulte dans des anfractuosités, des greniers ou des tas de bois sur une bonne partie du territoire. Les premières observations de février ou mars ne sont plus des accidents.
Sa vie en un été
La femelle pond ses œufs, verts et minuscules, un par un, sur les gaillets et les caille-laits, ces petites plantes à fleurs blanches ou jaunes des bords de chemin. Elle en dépose jusqu'à deux cents au fil de sa vie. La chenille sort au bout de six à huit jours, verte rayée de jaune puis brunâtre en grandissant, avec une corne bleutée à l'arrière du corps qui ne pique pas et ne présente aucun danger.
La nymphose se fait dans un cocon lâche, au sol ou juste sous la surface, et dure environ un mois. Deux à trois générations se succèdent selon les régions et la chaleur de l'année. L'adulte vit de trois à cinq mois, ce qui est long pour un papillon, et bien davantage pour les individus qui passent l'hiver.
L'espèce ne bénéficie d'aucun statut de protection en France et ne figure sur aucune liste rouge nationale. Cela ne signifie pas qu'elle se porte bien partout : comme tous les butineurs, elle dépend de la ressource en fleurs et de l'absence de traitements. Les observations sont collectées par les programmes de sciences participatives, où quelques photos datées et géolocalisées ont plus de valeur qu'un long commentaire.
La prochaine fois qu'un colibri se pointe au-dessus de vos lavandes en fin d'après-midi, approchez lentement à un mètre. Il tolère très bien la présence humaine tant qu'on ne fait pas d'ombre sur la fleur. Vous verrez la trompe se dérouler, plonger, se réenrouler, et l'affaire sera réglée.
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