Vous ne croirez jamais combien de temps ces papillons peuvent vivre !

Vous ne croirez jamais combien de temps ces papillons peuvent vivre !
Sommaire11 sections
  1. 01D'où vient le mythe du papillon d'un jour
  2. 02Compter une vie de papillon, stade par stade
  3. 03Le classement des longévités, espèce par espèce
  4. 04Ce qui tue un papillon, et ce n'est pas l'usure
  5. 05Que mange un papillon, et qui ne mange pas du tout
  6. 06Où vivent les papillons
  7. 07La reproduction, du choix du partenaire à la ponte
  8. 08Le déclin, chiffres à l'appui
  9. 09Les papillons de nuit, neuf espèces sur dix
  10. 10Observer, compter, et pourquoi ça sert
  11. 11Huit choses vérifiées sur les papillons

Un papillon citron peut vivre douze mois, un monarque de la génération migratrice environ neuf, un argus bleu à peine deux semaines. La moyenne d'un papillon adulte européen tourne autour de quinze jours, et l'histoire du papillon qui ne vit qu'un jour parle en réalité d'un autre insecte.

Le titre promet une révélation, alors autant donner la réponse tout de suite : le record européen appartient au citron, une espèce ordinaire qu'on croise dans n'importe quel jardin français dès février. Il n'y a pas de secret caché, il y a une confusion à lever et une question mal posée à corriger. Demander combien de temps vit un papillon, c'est comme demander combien de temps vit un être humain en ne comptant que la retraite. Le papillon que vous voyez voler est le dernier chapitre d'une vie qui a commencé bien avant, sous forme d'œuf, puis de chenille, puis de chrysalide.

D'où vient le mythe du papillon d'un jour

L'insecte qui ne vit qu'une journée existe, mais ce n'est pas un papillon. Ce sont les éphémères, ordre des éphéméroptères, qui émergent en masse au bord des rivières, s'accouplent en vol et meurent dans les vingt-quatre heures. Certaines espèces n'ont même pas d'appareil buccal fonctionnel à ce stade : elles n'ont plus rien à manger, seulement à se reproduire.

La ressemblance avec un papillon est superficielle, quatre ailes membraneuses et un vol hésitant. Sur le plan de la classification, les éphémères sont bien plus proches des libellules que des papillons : les deux groupes appartiennent aux insectes dits paléoptères, incapables de replier leurs ailes à plat sur l'abdomen. Les lépidoptères, eux, constituent un ordre à part, caractérisé par les écailles microscopiques qui recouvrent leurs ailes et leur donnent leurs couleurs.

Il y a une ironie dans ce mythe : chez l'éphémère aussi, le vrai temps de vie se passe ailleurs. La larve aquatique séjourne un à trois ans au fond de l'eau avant l'émergence. Sa vie tient à trois ans, dont une journée en l'air.

Compter une vie de papillon, stade par stade

Le papillon est la forme adulte, l'imago, d'un insecte à métamorphose complète. Quatre stades, quatre durées qui n'ont rien à voir entre elles.

1. L'œuf : de quelques jours à tout un hiver

La femelle pond sur la plante hôte, celle dont les chenilles se nourriront, souvent sous la feuille pour échapper aux regards et à la pluie. Selon l'espèce, une ponte compte de quelques dizaines à plusieurs centaines d'œufs. L'éclosion arrive en cinq à quinze jours en pleine saison. Chez les espèces qui hivernent au stade œuf, comme l'azuré commun, la même ponte attend six à huit mois avant d'éclore au printemps.

2. La chenille : le stade qui mange

C'est la phase de croissance, et elle occupe la plus grande part du cycle chez beaucoup d'espèces. La chenille ne fait rien d'autre que se nourrir et muer, quatre à six fois selon les espèces, en multipliant sa masse par plusieurs centaines. Deux à six semaines en général, mais plusieurs mois chez les espèces qui hivernent au stade chenille, comme le machaon.

Le record est détenu par un papillon de nuit, le cossus gâte-bois. Sa chenille creuse des galeries dans le bois vivant des saules et des peupliers, un aliment tellement pauvre qu'il lui faut trois à quatre ans pour arriver à terme. À côté, l'adulte vit une dizaine de jours.

3. La chrysalide : la boîte noire

La chenille quitte sa plante, s'accroche à une branche ou s'enfouit, et se transforme en chrysalide. À l'intérieur, les tissus larvaires sont en grande partie dissous et réorganisés en un corps d'adulte. Hors hivernation, ce stade dure une quinzaine de jours en moyenne.

Un mot à corriger au passage : la chrysalide et le cocon ne sont pas synonymes. La chrysalide est la nymphe elle-même, l'enveloppe rigide du corps en transformation. Le cocon est le fourreau de soie que certaines chenilles, surtout chez les papillons de nuit, tissent autour de leur chrysalide pour la protéger. Un ver à soie fabrique un cocon ; un machaon n'en fabrique pas.

4. L'imago : la phase de reproduction

L'adulte sort de la chrysalide les ailes molles et fripées. Il pompe de l'hémolymphe dans les nervures pour les déplier, puis attend une à trois heures qu'elles durcissent. Tant qu'il n'a pas volé une première fois, il est sans défense.

Papillon posé sur une main tendue, ailes ouvertes en plein jour

Ensuite, sa mission tient en un mot : se reproduire. Il ne grandit plus, ne mue plus, et pour beaucoup d'espèces ne répare rien. Chaque écaille perdue sur une aile l'est définitivement. Un papillon aux ailes délavées et effrangées est un vieux papillon, on peut estimer son âge à l'œil.

Le classement des longévités, espèce par espèce

Espèce Durée de vie de l'adulte Stade d'hivernation
Citron (Gonepteryx rhamni) jusqu'à 12 mois adulte
Monarque, génération migratrice 8 à 9 mois adulte, en diapause au Mexique
Paon du jour 9 à 11 mois adulte
Vulcain plusieurs mois, avec migration adulte dans le sud
Belle-Dame 15 à 30 jours par génération ne survit pas à l'hiver au nord
Piérides (papillons blancs du chou) 2 à 4 semaines chrysalide
Argus bleu 5 à 15 jours chenille ou œuf
Cossus gâte-bois environ 10 jours chenille, pendant 3 à 4 ans

Sous les tropiques, où l'hiver n'impose aucune pause, quelques espèces atteignent des durées comparables par un autre chemin. L'Heliconius erato d'Amérique centrale et du Sud vit six à onze mois parce qu'il consomme du pollen en plus du nectar, ce qui lui apporte des acides aminés et prolonge sa fertilité. Le Taygetis mermeria, papillon de sous-bois amazonien, atteint des durées voisines. Ce sont des exceptions : la grande majorité des papillons tropicaux vivent trois à quatre semaines.

Ce qui tue un papillon, et ce n'est pas l'usure

On imagine volontiers un papillon qui s'éteint doucement, sa mission accomplie. La réalité est plus brutale. Une écrasante majorité d'individus ne meurt pas de vieillesse : ils sont mangés, ils gèlent, ou ils cassent une aile.

Les prédateurs d'abord. Oiseaux, araignées crabes embusquées dans les fleurs, mantes, lézards, guêpes. On estime que sur cent œufs pondus, deux à cinq atteignent le stade adulte selon les espèces, le reste étant consommé au stade œuf ou chenille. La ponte massive compense cette hécatombe.

Les ailes ensuite. Elles s'usent au frottement contre les végétaux, perdent leurs écailles, se déchirent. Un papillon peut voler avec une aile amputée d'un tiers, mais un accroc dans la partie antérieure lui coûte sa manœuvrabilité et le condamne à court terme. Il ne cicatrise pas.

Le froid enfin. Un papillon a besoin d'une température thoracique d'environ 30 degrés pour actionner ses muscles de vol. En dessous de 12 à 15 degrés d'air, sans soleil direct, il ne décolle pas. C'est pour cette raison qu'on les voit ailes ouvertes à plat sur une pierre le matin : ils se chargent en chaleur, littéralement, avant de pouvoir bouger.

Que mange un papillon, et qui ne mange pas du tout

L'adulte se nourrit de liquides sucrés qu'il aspire avec sa trompe, ou proboscis, une paille qu'il déroule pour atteindre le fond des corolles et qu'il enroule en spirale au repos. Le nectar constitue l'ordinaire, mais loin d'être le seul menu.

  • Sève d'arbre : les blessures de chêne ou de bouleau attirent le morio et le grand mars changeant, qui ne visitent presque jamais les fleurs.
  • Fruits fermentés : pommes tombées, figues éclatées, un régime dont le jason et de nombreux papillons tropicaux, morphos compris, font leur base.
  • Déjections, charognes, boue humide : les mâles de nombreuses espèces s'y posent pour prélever du sodium et des acides aminés, qu'ils transmettent ensuite à la femelle avec le spermatophore. Ce comportement porte un nom, le puddling, et il explique les groupes de papillons agglutinés sur une flaque en été.
  • Pollen : réservé aux Heliconius, qui le dissolvent dans une gouttelette de nectar avant de l'aspirer.

Une correction s'impose sur un point qu'on lit souvent. Les morphos ne sont pas des papillons sans bouche : ils se nourrissent, principalement de fruits pourris. Les papillons dépourvus d'appareil buccal fonctionnel appartiennent à la famille des saturnidés, celle du grand paon de nuit européen et de l'atlas asiatique. Ces adultes n'ont pas de trompe utilisable, vivent une à deux semaines sur les réserves de graisse accumulées par la chenille, et meurent une fois la ponte terminée. C'est la seule catégorie de papillons pour laquelle la vie adulte est réellement comptée en jours.

Où vivent les papillons

Partout sauf en Antarctique. La liste des milieux occupés a de quoi surprendre pour un insecte réputé fragile.

  1. Forêts tropicales : la plus forte diversité au monde, avec des centaines d'espèces sur quelques hectares, portée par l'abondance de plantes hôtes.
  2. Prairies et pelouses sèches : le cœur de la diversité européenne, et le milieu qui recule le plus vite en France.
  3. Déserts : le papillon de la Reine, cousin du monarque, exploite les asclépiades du sud-ouest des États-Unis.
  4. Montagnes : l'apollon vole jusqu'à 2 500 mètres dans les Alpes, et certaines espèces andines dépassent 4 000 mètres.
  5. Régions arctiques : des espèces du genre Boloria et Colias bouclent leur cycle en deux ans au Groenland et dans le nord canadien, la saison estivale étant trop courte pour tenir en un an.

Sur le décompte des espèces, un chiffre mérite d'être précisé. On lit souvent que la France compte près de 5 000 espèces de papillons. C'est exact si l'on parle de tous les lépidoptères, papillons de nuit inclus. Les papillons de jour, les rhopalocères, ne sont qu'environ 250 espèces en France métropolitaine. À l'échelle mondiale, le rapport est le même : de l'ordre de 160 000 espèces de papillons de nuit décrites contre 17 500 à 19 000 espèces de papillons de jour.

La reproduction, du choix du partenaire à la ponte

La parade nuptiale mobilise des signaux que nous ne percevons pas. Les papillons voient dans l'ultraviolet, et beaucoup d'ailes qui nous paraissent uniformément blanches ou jaunes portent des motifs UV contrastés, visibles seulement de leurs congénères. Deux piérides identiques à nos yeux peuvent appartenir à des espèces différentes et le savoir parfaitement.

  • Vol de poursuite : le mâle repère une silhouette, la suit et engage une montée en spirale. Chez plusieurs espèces, la femelle non réceptive répond en grimpant à la verticale jusqu'à ce que le mâle abandonne.
  • Phéromones : les mâles de nombreuses espèces libèrent des composés depuis des touffes de poils abdominaux, les androconies. Chez les papillons de nuit, c'est la femelle qui émet, et le mâle la détecte à plusieurs centaines de mètres avec ses antennes plumeuses.
  • Cadeaux nuptiaux : le spermatophore transmis contient, en plus des spermatozoïdes, des nutriments et parfois des toxines défensives que la femelle réinvestit dans ses œufs.
  • Vibrations : certains papillons de nuit émettent et perçoivent des ultrasons, à l'origine pour détecter les chauves-souris, secondairement détournés en signaux de cour.

L'accouplement dure de quelques minutes à plusieurs heures, abdomen contre abdomen, les deux partenaires tournés en sens opposés. Un couple dérangé s'envole soudé, l'un des deux portant l'autre.

Vient ensuite le choix du site de ponte, et c'est là qu'intervient un détail anatomique remarquable : les papillons ont des récepteurs gustatifs sur les tarses, l'extrémité des pattes. La femelle se pose sur une feuille, la gratte, la goûte du bout des pattes et décide en quelques secondes s'il s'agit de la bonne plante hôte. Elle ne se trompe presque jamais.

Le déclin, chiffres à l'appui

Le constat n'est pas une impression. L'indicateur européen des papillons de prairie, construit à partir de comptages standardisés menés dans une quinzaine de pays, affiche une baisse de l'ordre d'un tiers depuis 1990. En France, le suivi temporel des rhopalocères, animé par le Muséum national d'histoire naturelle avec des observateurs bénévoles, donne des tendances comparables sur les milieux agricoles.

Trois causes reviennent, dans cet ordre d'importance :

  1. La disparition des habitats. Prairies retournées, haies arrachées, friches urbanisées. Un papillon spécialisé d'une seule plante hôte disparaît avec elle, sans possibilité de report.
  2. Les pesticides. Les néonicotinoïdes, désormais restreints dans l'Union européenne, affectent les insectes non ciblés à des doses très faibles. Les herbicides agissent plus indirectement, en supprimant les plantes hôtes des bords de champ.
  3. Le climat. Il fait remonter certaines espèces méridionales vers le nord, ce qui masque en partie les pertes dans les statistiques globales, mais il désynchronise surtout l'éclosion des chenilles et le débourrement des plantes hôtes. Une chenille qui éclot dix jours trop tôt ne trouve rien à manger.

La pollution lumineuse s'ajoute à la liste pour les papillons de nuit, qui assurent une part importante de la pollinisation nocturne. En France, plusieurs espèces figurent en catégorie menacée sur la liste rouge nationale, dont le Mélibée (Coenonympha hero), quasiment disparu du territoire, et l'Hespérie du barbon (Gegenes pumilio), cantonnée à quelques stations méditerranéennes.

Les papillons de nuit, neuf espèces sur dix

Parler des papillons en ne montrant que des ailes colorées au soleil revient à ignorer la quasi-totalité du groupe. Sur les quelque 5 000 espèces de lépidoptères recensées en France métropolitaine, environ 250 volent de jour. Tout le reste appartient à ce qu'on appelle par commodité les papillons de nuit, un ensemble qui n'a rien d'une catégorie scientifique mais qui recouvre presque toute la diversité.

Leurs durées de vie suivent les mêmes règles, avec deux extrêmes bien marqués. À un bout, les saturnidés sans trompe fonctionnelle, dont le grand paon de nuit, le plus grand papillon d'Europe avec ses 15 centimètres d'envergure : l'adulte émerge au printemps, ne mange rien, s'accouple et meurt en une dizaine de jours. À l'autre bout, des espèces de noctuelles hivernent sous forme d'adulte dans les caves et les greniers, et dépassent six mois.

Leur rôle de pollinisateurs est longtemps passé inaperçu. Des travaux menés depuis 2015 en Grande-Bretagne et en Allemagne, à partir de l'analyse du pollen transporté sur le corps des insectes capturés puis relâchés, ont montré que les papillons nocturnes visitent un éventail de plantes plus large que les abeilles domestiques et travaillent sur des créneaux horaires où plus rien ne circule. Le sphinx du liseron, migrateur qui remonte d'Afrique du Nord chaque été, butine en vol stationnaire avec une trompe de 8 centimètres et féconde des fleurs à corolle profonde qu'aucun autre insecte européen n'atteint.

Comment les distinguer sans se tromper

La règle du jour et de la nuit ne fonctionne pas : la zygène et le moro-sphinx volent en plein soleil, plusieurs papillons de jour tropicaux sont crépusculaires. Trois critères tiennent mieux la route.

  • Les antennes. Les papillons de jour ont des antennes en massue, terminées par un renflement net. Les papillons de nuit les ont filiformes, en peigne ou en plumeau.
  • La position au repos. Ailes relevées à la verticale au-dessus du dos chez la plupart des papillons de jour, ailes à plat ou en toit chez la majorité des papillons de nuit.
  • Le corps. Fin et lisse d'un côté, épais et velu de l'autre, cette pilosité servant à conserver la chaleur produite par les muscles de vol pendant la nuit.

Observer, compter, et pourquoi ça sert

Les tendances de population dont il est question plus haut ne viennent pas de satellites ni de laboratoires : elles viennent de gens qui marchent avec un carnet. Le principe du comptage standardisé, mis au point au Royaume-Uni en 1976 puis repris dans toute l'Europe, tient en une méthode simple. On définit un parcours fixe de quelques centaines de mètres, on le parcourt à allure régulière par beau temps entre 10 heures et 17 heures, et on note tout ce qui vole dans un couloir imaginaire de 5 mètres de large. Le même trajet, refait chaque semaine pendant des années, produit une courbe exploitable.

En France, l'Observatoire des papillons des jardins, lancé en 2006 par le Muséum national d'histoire naturelle et l'association Noé, repose sur un protocole allégé accessible à n'importe quel jardinier : un comptage mensuel, une vingtaine d'espèces faciles à reconnaître, une saisie en ligne. Plusieurs milliers de jardins y participent. C'est ce genre de données, accumulées sur vingt ans, qui permet de dire qu'une espèce recule au lieu de simplement paraître moins présente.

Deux conseils pour identifier sans se décourager. Photographiez l'insecte ailes fermées : le dessous porte souvent des motifs plus discriminants que le dessus, et c'est la position qu'il adopte spontanément quand il butine. Et notez la plante sur laquelle vous l'avez vu, l'information oriente l'identification presque autant que la couleur.

Élever une chenille chez soi, ce qu'il faut savoir

C'est une observation à la portée d'un enfant, à condition de respecter deux points. La chenille doit être nourrie exclusivement avec la plante sur laquelle vous l'avez trouvée : lui proposer autre chose revient le plus souvent à la laisser jeûner jusqu'à la mort. Et il faut prévoir un support vertical dans la boîte, branche ou tige, où elle pourra s'accrocher pour se transformer en chrysalide, ainsi qu'une aération suffisante pour éviter la moisissure.

Le relâcher se fait sur place, à l'endroit exact de la collecte, dès que les ailes ont durci. Déplacer un papillon de plusieurs kilomètres l'expose à un milieu où sa plante hôte n'existe peut-être pas. Enfin, méfiez-vous des chenilles velues : celles des processionnaires du pin et du chêne portent des poils urticants qui provoquent des réactions cutanées et oculaires sérieuses, chez l'humain comme chez le chien, qui les flaire au sol. En cas de contact avec un animal, notamment une atteinte de la langue ou des babines, la consultation vétérinaire est urgente et ne souffre aucune attente.

Huit choses vérifiées sur les papillons

  1. Les couleurs ne sont pas toujours des pigments. Le bleu métallique du morpho ne vient d'aucun colorant : il naît de la structure en lamelles des écailles, qui diffracte la lumière. Ailes fermées, le même individu est brun terne avec des ocelles, un camouflage complet.
  2. Les ocelles servent de leurre. Ces faux yeux détournent l'attaque des oiseaux vers le bord de l'aile plutôt que vers le corps. Un papillon avec une encoche symétrique en bas des ailes postérieures a survécu à un coup de bec.
  3. Le monarque parcourt jusqu'à 4 500 kilomètres entre le sud du Canada et les forêts d'oyamels du Michoacán, au Mexique. Aucun individu ne fait l'aller-retour complet : la génération qui repart au printemps est remplacée en route, et ce sont les arrière-petits-enfants qui reviennent au point de départ.
  4. Ils goûtent avec leurs pattes. Les récepteurs des tarses sont assez sensibles pour distinguer deux espèces végétales voisines.
  5. Ils voient l'ultraviolet, y compris les motifs floraux qui guident vers le nectar et que nous ne percevons pas.
  6. Ils ne dorment pas au sens strict. À la tombée du jour, ils entrent en quiescence, accrochés sous une feuille ou dans un buisson, métabolisme au ralenti, immobiles jusqu'au retour du soleil.
  7. Ils respirent sans poumons, par des orifices latéraux de l'abdomen, les stigmates, reliés à un réseau de trachées qui distribue l'air directement aux organes.
  8. Ils servent d'indicateurs. Cycle court, exigences précises, réaction rapide : les naturalistes utilisent les populations de papillons comme baromètre de l'état d'un milieu, souvent avant que les oiseaux ne réagissent.

Reste la question de départ. Combien de temps vit un papillon ? Deux semaines si l'on parle de la moyenne, une année entière pour un citron accroché dans son lierre, trois ou quatre ans si l'on compte la vie de larve d'un cossus. La bonne réponse dépend de ce qu'on décide de compter, et c'est déjà plus intéressant que le chiffre unique promis par la question.

Le parc naturel d'Aoubré, dans le Var, propose une lecture concrète de ces cycles : Christian Bottolier y présente les lépidoptères locaux et montre, plante hôte par plante hôte, à quel stade chaque espèce passe l'hiver. La Diane pond au printemps sur l'aristoloche et n'apparaîtra en adulte qu'au printemps suivant, après avoir hiverné en chrysalide. Le lycène bleu passe la mauvaise saison sous forme d'œuf, le machaon sous forme de chenille. Trois espèces d'un même vallon, trois stratégies différentes pour franchir décembre.

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