Le premier panda né en France, quitte le ZooParc de Beauval pour la Chine
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Le 25 juillet 2023, Yuan Meng a quitté Beauval pour Chengdu à bord d'un vol cargo Air China. Ce départ n'avait rien d'un imprévu : il était écrit dans le contrat signé entre la France et la Chine avant même sa conception.
Un panda géant né en Europe n'appartient pas au zoo qui l'élève. Il appartient à la République populaire de Chine, comme ses parents, et il doit rentrer une fois sevré et autonome. Le convoi escorté par les motards de la gendarmerie entre Saint-Aignan-sur-Cher et l'aéroport de Roissy, ce mardi de juillet 2023, appliquait donc une clause connue depuis 2012. Le reste, l'émotion des soigneurs et les centaines de visiteurs venus au petit matin, tient à ce que six ans passés derrière une vitre créent un attachement que le droit international n'avait pas prévu.
Six ans de vie française, de 142 grammes à 130 kilos
Yuan Meng est né le 4 août 2017 au ZooParc de Beauval, à Saint-Aignan-sur-Cher, dans le Loir-et-Cher. Il pesait 142 grammes, soit à peu près le poids d'un lapereau de quelques jours ; l'analogie avec un bébé lapin qu'il faut élever à la main n'est pas exagérée, puisque les nouveau-nés pandas naissent roses, aveugles et sans poils.
Il avait un jumeau. Huan Huan a mis bas deux petits ce 4 août 2017 ; le plus faible n'a pas survécu à la première journée. C'est la norme chez cette espèce : la femelle ne peut nourrir qu'un seul petit et abandonne systématiquement le second en nature. Les équipes chinoises venues en renfort à Beauval ont pratiqué le relais, en alternant le survivant entre sa mère et une couveuse toutes les quelques heures.
Le nom Yuan Meng, l'accomplissement d'un rêve, a été choisi par Brigitte Macron, marraine officielle du petit, selon l'usage chinois qui confie la dénomination des jeunes pandas à une personnalité. Le public l'a découvert en janvier 2018, à cinq mois. En juillet 2023, il pesait près de 130 kilos et mesurait plus d'un mètre cinquante allongé.
Un départ minuté et escorté
La veille, le lundi 24 juillet 2023, Yuan Meng a pris son dernier petit-déjeuner français devant le public et devant l'ambassadeur de Chine en France : de jeunes pousses de bambou, sa partie préférée de la plante. Le lendemain, la caisse de transport a quitté le parc dans un camion climatisé, escorté par des motards et des véhicules de la gendarmerie sur les 220 kilomètres qui séparent Saint-Aignan de Roissy.
À l'aéroport, l'ambassadeur de Chine, Sarah El Haïry, nommée quelques jours plus tôt secrétaire d'État à la Biodiversité, et Brigitte Macron l'attendaient. La Première dame lui a tendu du bambou avant l'embarquement. L'avion cargo Air China a décollé à 17h30, sous la pluie, direction le Centre de recherche et de reproduction du panda géant de Chengdu, dans le Sichuan. Sa soigneuse et son vétérinaire de Beauval ont fait le voyage avec lui.
Le parcours de Yuan Meng en quelques dates
- 15 janvier 2012 : arrivée de ses parents Huan Huan et Yuan Zi à Beauval, pour un prêt initial de dix ans, prolongé depuis
- 4 août 2017 : naissance de deux petits, dont un seul survit
- Janvier 2018 : première présentation au public
- 2 août 2021 : naissance de ses deux jeunes sœurs, Huanlili et Yuandudu
- 25 juillet 2023 : départ pour Chengdu, à 130 kilos et presque six ans
Le vrai objectif : le patrimoine génétique
À Chengdu, Yuan Meng ne va pas être relâché dans la nature. Il rejoint un pool reproducteur de plusieurs centaines d'individus, où chaque animal est apparié en fonction de sa parenté avec les autres. Un mâle né en France présente un intérêt particulier : sa lignée a été isolée du reste du cheptel captif pendant une génération, ce qui limite le risque de consanguinité dans les croisements.
La réintroduction, elle, concerne les générations suivantes, et seulement une poignée d'animaux. Le programme chinois a relâché une trentaine de pandas depuis 2006, avec un taux de survie modeste : les premiers lâchers se sont soldés par des échecs, avant que les équipes n'apprennent à élever les candidats à l'écart de tout contact humain, soigneurs déguisés en panda compris.
Vulnérable, plus en danger
Le dernier recensement national chinois, publié en 2015 pour des relevés menés jusqu'en 2014, comptait 1 864 pandas géants sauvages, contre 1 114 vingt ans plus tôt. C'est cette progression qui a conduit l'UICN à reclasser l'espèce d'en danger à vulnérable en 2016. Beaucoup d'articles continuent d'écrire en danger, ce n'est plus exact depuis dix ans.
La menace a changé de nature. Le braconnage a quasiment disparu, mais l'habitat est fragmenté en une trentaine de populations isolées par des routes, des voies ferrées et des cultures. Une vingtaine de ces groupes comptent moins de trente individus, un seuil sous lequel la consanguinité s'installe. Les corridors forestiers plantés depuis 2015 dans le Sichuan et le Shaanxi visent exactement ce problème.
Ce qui reste à Beauval
Le parc du Loir-et-Cher a bâti une bonne part de sa notoriété sur ces animaux. Avant l'arrivée du couple en 2012, Beauval recevait environ 600 000 visiteurs par an ; il en accueille aujourd'hui plus de 2 millions, ce qui en fait le zoo le plus fréquenté de France et l'un des premiers sites payants du pays hors Île-de-France. Le dôme des pandas, ses 1 000 mètres carrés d'enclos intérieur et sa file d'attente permanente ont changé l'échelle de l'établissement et, avec elle, celle de la commune de Saint-Aignan-sur-Cher, 3 000 habitants, dont les hôtels et les gîtes vivent en grande partie de ce flux.
Le départ de Yuan Meng n'a donc pas vidé l'enclos. Ses parents restent en France, et ses deux jeunes sœurs, nées le 2 août 2021, occupent désormais la vitrine. La question qui se pose au parc n'est pas de savoir s'il gardera des pandas, mais jusqu'à quand : le prêt de Huan Huan et Yuan Zi, prolongé une première fois, court désormais jusqu'en 2027, et rien n'oblige Pékin à le renouveler.
Le saviez-vous : un carnivore qui mange du bambou
Le panda géant appartient à l'ordre des carnivores et son appareil digestif le prouve : intestin court, pas de rumen, pas d'estomac à compartiments. Il possède même encore les gènes des enzymes digestives d'un mangeur de viande. Sauf que 99 % de sa ration est du bambou, une plante qu'il ne digère qu'à hauteur de 17 à 20 % de ce qu'il ingère.
Cette inefficacité explique tout son mode de vie :
- Des quantités énormes. Un adulte avale entre 12 et 38 kilos de bambou par jour selon la partie consommée, jusqu'à 40 kilos pour les tiges les plus pauvres.
- Quatorze heures de repas. Manger occupe la moitié de sa journée. Le reste se passe à dormir, faute d'énergie disponible pour autre chose.
- Un faux pouce. Un os du poignet, le sésamoïde radial, s'est allongé en appendice opposable qui lui sert à tenir les tiges. Ce n'est pas un doigt, c'est un os de poignet détourné.
- Un menu saisonnier. Pousses au printemps, riches en protéines ; feuilles en été ; tiges en hiver, les plus dures et les moins nourrissantes. Le panda change d'altitude au fil de l'année pour suivre les pousses.
- Un métabolisme au ralenti. Sa dépense énergétique est inférieure de moitié à celle attendue pour un mammifère de sa taille, un niveau comparable à celui du paresseux.
Yuan Meng est reparti avec ce régime, dans une région où le bambou pousse tout seul. À Beauval, ses sœurs Huanlili et Yuandudu ont pris sa place dans l'enclos, et le compte à rebours de leur propre retour a commencé le jour de leur naissance.
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