Les fascinants animaux d'Asie : rencontre avec six espèces exceptionnelles

Le tigre du Bengale est un grand félin à la fourrure orange vif avec des rayures noires verticales. Il a une tête massive, des dents et des griffes puissantes, et une longue queue qui aide à maintenir l'équilibre lorsqu'il court ou saute.
Sommaire6 sections
  1. 01Le macaque japonais, primate de la neige
  2. 02Le tahr de l'Himalaya, spécialiste de la pente
  3. 03Le chameau de Bactriane, réservoir sur pattes
  4. 04Le panda géant, un carnivore qui a raté sa reconversion
  5. 05Le léopard, l'opportuniste de la bande
  6. 06Le tigre du Bengale, et la question de la taille

Se baigner dans une source à 40 degrés quand il fait moins 15 dehors, boire 120 litres d'eau en dix minutes, digérer du bambou avec un intestin de carnivore : chacune de ces six espèces asiatiques tient debout grâce à une solution bricolée, et chacune paie cette solution d'une façon ou d'une autre.

L'Asie s'étend de la toundra sibérienne aux mangroves du golfe du Bengale, avec des écarts de température annuels qui dépassent 80 degrés dans le désert de Gobi. Les animaux qui occupent ces marges ne sont pas des généralistes. Ils sont taillés pour une contrainte précise, ce qui les rend redoutables dans leur créneau et vulnérables dès que ce créneau bouge.

Le macaque japonais, primate de la neige

C'est le singe qui vit le plus au nord de la planète, l'homme mis à part. On le trouve sur trois des quatre grandes îles japonaises, de Kyushu subtropical jusqu'au nord de Honshu, où la neige tient cinq mois par an et où le thermomètre descend sous les moins 15 degrés.

  • Longueur : 47 à 60 cm pour les femelles, 53 à 61 cm pour les mâles
  • Poids : 8 à 11 kg pour les femelles, 11 à 14 kg pour les mâles
  • Longévité : environ 28 ans dans la nature
  • Gestation : environ 173 jours

Sa parade au froid tient en trois points. Un pelage d'hiver qui double d'épaisseur et fait paraître l'animal bien plus gros qu'il ne l'est. Une couche de graisse constituée à l'automne sur les glands et les faînes. Et, pour la troupe de Jigokudani dans la préfecture de Nagano, le bain dans les sources chaudes volcaniques, un comportement qui n'est pas ancestral : il a été observé pour la première fois en 1963, quand une femelle a suivi des baigneurs humains dans un bassin d'auberge. Le reste de la troupe l'a imitée, et l'habitude s'est transmise depuis.

Le tahr de l'Himalaya, spécialiste de la pente

Ce caprin trapu porte une crinière de poils longs qui lui descend du cou aux épaules, plus fournie chez le mâle et plus claire en hiver. Il occupe les versants rocheux entre 2 500 et 5 000 mètres, sur les contreforts sud de l'Himalaya, en Inde, au Népal et au Bhoutan.

  • Longueur : 120 à 170 cm
  • Poids : 36 kg pour une femelle, jusqu'à 90 kg pour un mâle
  • Longévité : environ 14 ans
  • Gestation : environ 180 jours

Son sabot fonctionne comme une ventouse : un noyau central mou et caoutchouteux qui épouse la roche, entouré d'un bord corné dur qui accroche les arêtes. Cette double texture lui donne prise sur des dalles où un chamois glisserait. Le revers est qu'il ne quitte pas ces pentes : coincé entre la limite des arbres et la neige permanente, il n'a nulle part où reculer si l'une des deux monte. L'espèce est classée quasi menacée, et les populations introduites en Nouvelle-Zélande, où elle prolifère depuis 1904, sont aujourd'hui abattues par milliers pour protéger la flore alpine locale.

Le chameau de Bactriane, réservoir sur pattes

  • Longueur : 225 à 350 cm
  • Poids : 600 à 1 000 kg
  • Longévité : 40 à 50 ans
  • Gestation : environ 13 mois

Ses deux bosses stockent de la graisse, pas de l'eau, jusqu'à 36 kg chacune chez un animal en bonne condition. Quand elles se vident, elles s'affaissent et pendent sur le flanc, ce qui donne un indicateur visuel immédiat de l'état nutritionnel de la bête. L'eau, elle, est gérée par des globules rouges ovales qui résistent à l'éclatement lors de la réhydratation : un chameau déshydraté peut avaler 100 à 135 litres en une dizaine de minutes sans que son sang se dilue dangereusement.

Le reste suit la même logique d'économie. Des narines qui se ferment pendant les tempêtes de sable, une double rangée de cils, des variations de température corporelle tolérées entre 34 et 41 degrés pour éviter de transpirer, et une résistance à des amplitudes annuelles allant de moins 40 à plus 40 degrés dans le Gobi.

Le panda géant, un carnivore qui a raté sa reconversion

Le panda géant, dont le premier né en France a rejoint la Chine, tire 99 % de ses calories du bambou avec un appareil digestif resté strictement carnivore : intestin court, pas de rumen, pas de flore de fermentation comparable à celle d'une vache. Il ne tire que 17 % environ de l'énergie de ce qu'il avale.

  • Longueur : 120 à 190 cm
  • Poids : 80 à 125 kg
  • Longévité : environ 20 ans dans la nature, jusqu'à 30 en captivité
  • Gestation : 95 à 160 jours, implantation différée

La compensation est brutale : 12 à 38 kg de bambou par jour, jusqu'à 14 heures d'alimentation, et un métabolisme au repos parmi les plus bas mesurés chez un mammifère de cette taille, à peine 38 % de ce qu'on attendrait. Sa mâchoire et son faux pouce, un os du poignet allongé, complètent le dispositif. Le point faible est ailleurs : le bambou fleurit puis meurt en masse tous les 15 à 100 ans selon l'espèce, et un panda enfermé dans un massif isolé ne peut pas migrer vers un autre. C'est ce qui a tué des dizaines d'animaux dans le Sichuan à la fin des années 1970.

L'espèce est classée vulnérable depuis 2016, après un déclassement obtenu grâce aux corridors forestiers et aux 67 réserves chinoises. Le comptage de 2014 donnait 1 864 adultes sauvages.

Le léopard, l'opportuniste de la bande

C'est l'exception de cette liste : là où les cinq autres sont des spécialistes, le léopard tient parce qu'il ne l'est pas. Son aire couvre l'Afrique subsaharienne, le Caucase, l'Inde, la Chine, l'Indochine et l'Extrême-Orient russe, du désert du Kalahari aux forêts enneigées de l'Amour, en passant par la périphérie de Bombay où une centaine d'individus vivent dans le parc national Sanjay Gandhi, au contact de vingt millions d'habitants.

  • Longueur : 90 à 165 cm sans la queue
  • Poids : 30 à 60 kg pour une femelle, jusqu'à 90 kg pour un mâle
  • Longévité : 12 à 17 ans dans la nature
  • Gestation : 90 à 105 jours

Il hisse ses proies dans les arbres, parfois plus lourdes que lui, pour les soustraire aux lions et aux hyènes. Ses rosettes fonctionnent comme un brouillage de contour sous une lumière tachetée. Il chasse au crépuscule et de nuit, et se contente de rongeurs et d'oiseaux quand les grands ongulés manquent. Cette souplesse ne l'a pas sauvé partout : les sous-espèces de l'Amour et d'Arabie comptent respectivement une centaine et moins de 200 individus.

Le tigre du Bengale, et la question de la taille

  • Longueur : 240 à 310 cm queue comprise
  • Poids : 100 à 160 kg pour une femelle, 180 à 260 kg pour un mâle
  • Longévité : 8 à 10 ans dans la nature, jusqu'à 20 en captivité
  • Gestation : 104 à 106 jours

On lit souvent qu'il est le plus grand félin sauvage du monde. Le tigre de Sibérie lui dispute ce titre, et les mesures récentes sur animaux sauvages donnent les deux sous-espèces au coude à coude, autour de 200 kg en moyenne pour les mâles. Sur ce point, le calcul ne tranche pas. Ce qui est net, c'est l'effectif : environ 3 000 tigres du Bengale, dont plus de 2 500 en Inde, soit plus de la moitié des tigres sauvages de la planète.

Une population occupe les mangroves des Sundarbans, entre Inde et Bangladesh, seul endroit au monde où des tigres nagent quotidiennement entre les îlots et chassent en terrain salé. La montée du niveau marin y grignote l'habitat par le bas pendant que les cyclones s'intensifient.

Ces six espèces ne se ressemblent en rien, sauf sur un point : leur adaptation les enferme. Le tahr ne peut pas descendre, le panda ne peut pas changer de bambou, le chameau sauvage ne peut pas quitter le Gobi. Le léopard, lui, s'accommode presque de tout, et c'est bien pour cela qu'il est le seul des six à vivre encore aux portes d'une mégapole.

Le reportage ci-dessous a été tourné au parc national de Ranthambore, dans le Rajasthan, l'un des meilleurs sites d'observation du tigre du Bengale. Sur les quelque 400 kilomètres carrés du parc, l'équipe évoque environ 70 tigres, un niveau que la réserve n'avait jamais atteint. Pour les voir, il faut se lever avant le jour et accepter de rentrer bredouille.

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