Les animaux sauvages: une diversité de la nature à protéger
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Un hérisson qui traverse un jardin pèse autant, dans la balance de la biodiversité, qu'un tigre du Bengale. La faune sauvage qui recule le plus vite n'est pas celle des documentaires: ce sont les oiseaux des champs, les insectes et les chauves-souris, et ce sont aussi les seules espèces sur lesquelles un particulier a une prise directe.
Ce que veut vraiment dire « sauvage »
Un animal sauvage vit et se reproduit sans dépendre de l'homme. La définition n'a rien à voir avec la taille ni avec l'exotisme. Une mésange charbonnière du balcon est un animal sauvage, un lapin de clapier ne l'est plus. Entre les deux existent des statuts flous: le chat harets, le pigeon biset urbain, le sanglier qui vient manger le maïs en lisière de village.
On lit souvent que la faune sauvage se résume « principalement aux mammifères terrestres ». C'est faux. Les insectes représentent à eux seuls plus des deux tiers des espèces animales décrites; les mammifères terrestres en constituent une fraction minuscule. Ils occupent une place démesurée dans nos têtes parce qu'ils nous ressemblent.
Quatre espèces, et ce qu'on raconte de faux à leur sujet
Les fiches d'espèces qui circulent en ligne se recopient les unes les autres, erreurs comprises. Voici quatre cas, avec la correction quand elle s'impose.
- L'accenteur mouchet. Ce n'est pas un oiseau de montagne, contrairement à ce qu'on lit partout. Il fréquente les haies, les jardins et les lisières dans toute la France, du bord de mer aux premiers reliefs. Son nom vient de son plumage moucheté de brun et de gris, pas de son chant. Discret, il se déplace le plus souvent au sol, à petits pas, sous les buissons. Si vous avez un jardin avec une haie dense, il y a de bonnes chances qu'il y niche.
- L'addax. Cette antilope du Sahara, reconnaissable à ses cornes annelées en spirale, tient sans boire pendant des semaines: elle tire son eau des plantes. L'UICN la classe en danger critique d'extinction et estime la population sauvage à quelques dizaines d'individus, dans une poche du Niger. Les effectifs en captivité, eux, se comptent par milliers. Autant dire que l'espèce ne survit aujourd'hui que par les programmes d'élevage.
- L'aigle royal. Non, ce n'est pas le plus grand rapace d'Europe: le vautour moine et le gypaète barbu le dépassent nettement en envergure. Et non, on ne le trouve pas sur tous les continents. Sa répartition couvre l'hémisphère nord, Amérique du Nord, Europe, Asie et bordure du Maghreb. Il est absent d'Amérique du Sud, d'Australie et de l'Afrique subsaharienne. En France, il niche en montagne, dans les Alpes, les Pyrénées, le Massif central et en Corse, à raison de quelques centaines de couples.
- L'aigrette garzette. Blanche des pieds à la tête, elle a les pattes noires et les doigts jaune vif, ce qui est son signe le plus fiable de loin. Elle ne monte pas à très haute altitude et son cri est un croassement rauque, pas un chant mélodieux. On l'observe dans les marais, les rizières de Camargue, les estuaires et jusque dans les fossés en bord de route.
Agir chez soi, en trois gestes qui changent quelque chose
La création de réserves et la lutte contre le trafic relèvent des États. À l'échelle d'un jardin ou d'un balcon, trois leviers ont un effet mesurable et coûtent presque rien.
Arrêter la tonte rase. Une pelouse coupée à trois centimètres toutes les semaines est un désert pour les insectes. Laisser une bande d'herbe haute le long d'une clôture, tondre une fois par mois plutôt que quatre, retarder la première coupe au 15 juin: le retour des papillons et des orthoptères se voit dès la deuxième saison.
Percer les clôtures. Un hérisson parcourt jusqu'à deux kilomètres en une nuit. Un lotissement entièrement clos de panneaux enterrés le condamne à mourir de faim sur cinq cents mètres carrés. Un passage de treize centimètres sur treize au ras du sol suffit à rouvrir le réseau.
Renoncer aux anticoagulants contre les rongeurs. Le poison ne s'arrête pas au mulot. Il remonte dans la chouette effraie, le renard, le chat du voisin, avec des semaines de latence. Les cas d'intoxication secondaire sont documentés depuis longtemps chez les rapaces nocturnes.
Pourquoi les espèces sauvages servent de thermomètre
Les animaux sauvages réagissent avant nous aux dégradations d'un milieu, parce qu'ils y vivent en permanence et sans filtre. Les lichens et les mousses signalent la qualité de l'air, les larves d'éphémères celle d'un cours d'eau, les hirondelles l'état des insectes volants. Quand une hirondelle rustique disparaît d'un village, ce n'est pas un problème d'hirondelle: c'est un problème de bâti fermé et d'insectes absents.
Cette fonction d'alerte ne suffit pourtant pas à tout justifier, et je trouve l'argument un peu court. Un addax ne rend aucun service mesurable à personne. Il existe, et une espèce éteinte ne revient pas. Le raisonnement utilitaire finit toujours par abandonner en route les espèces qui ne rapportent rien.
Sensibiliser sans culpabiliser
Les campagnes de protection échouent souvent parce qu'elles s'adressent à des gens déjà convaincus. Ce qui fonctionne mieux, c'est le contact direct: une sortie nocturne pour écouter les chouettes, un comptage de mésanges avec des enfants, une mare creusée dans un coin de terrain qui accueille des tritons au bout d'un an. On protège ce qu'on a vu vivre, rarement ce qu'on a lu dans un rapport.
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