Le goéland, roi des cieux des côtes et des mers
Sommaire5 sections
Un goéland argenté adulte pèse un kilo, vit parfois trente ans et connaît par coeur l'heure de sortie des poubelles de votre rue. Cohabiter avec lui relève moins de la nature que de la voirie.
On l'appelle mouette à tort, on l'accuse de tout, on le trouve partout, des quais de pêche aux toits d'immeubles à cinquante kilomètres de la mer. Le goéland n'a pas envahi les villes par hasard : il a suivi nos déchets. Comprendre sa logique change complètement la façon dont on gère ses nuisances, et évite de perdre du temps avec des solutions qui ne marchent pas.
Goéland ou mouette, la confusion qui fausse tout
La mouette rieuse pèse environ 300 grammes et porte un capuchon brun en été. Le goéland argenté, lui, monte à 1 kilo pour 125 à 155 centimètres d'envergure, avec un bec jaune massif marqué d'une tache rouge. Le goéland marin est encore plus grand, jusqu'à 1,7 mètre d'envergure et 2 kilos, c'est le plus gros laridé du monde. Le goéland brun, plus élancé, aux pattes jaunes, migre plus volontiers vers le sud.
Cette distinction n'est pas de la pédanterie d'ornithologue. Les trois espèces de goélands citées sont protégées en France par l'arrêté du 29 octobre 2009 : détruire un individu, un nid ou des oeufs est interdit, y compris sur un toit privé, sauf dérogation préfectorale. La mouette rieuse l'est également. Autrement dit, la réponse « je démonte le nid » n'est pas une option légale en pleine saison.
Un opportuniste qui a lu nos horaires de collecte
Le régime du goéland argenté est une liste ouverte : poissons, crabes, moules, vers, oeufs et poussins d'autres oiseaux, charognes, restes de kebab. Il suit les chalutiers pour les rejets, il suit les tracteurs au labour pour les vers remontés par le soc, il patrouille les décharges. Quand les fourmis reines s'envolent par une chaude journée de juillet, on voit des goélands chasser en l'air, gueule ouverte, dans un mouvement qui n'a rien de la silhouette rigide qu'on leur prête.
Deux techniques méritent d'être décrites correctement, parce qu'on lit souvent l'inverse. La première est le piétinement : l'oiseau tapote rapidement le sable humide ou l'herbe avec ses pattes, ce qui imite la pluie et fait remonter les vers en surface. La seconde est le lâcher de coquillages. Le goéland emporte une moule ou un bigorneau en vol et le laisse tomber sur une surface dure, route ou parking, jusqu'à ce que la coquille cède. Il ne casse pas les coquilles avec une pierre tenue dans le bec, contrairement à ce qu'affirment beaucoup de pages web : l'outil, ici, c'est le sol, et l'oiseau ajuste la hauteur de largage selon la dureté de la proie.
Juin et juillet : pourquoi il vous fonce dessus
Les attaques en piqué au-dessus des passants ne sont pas de l'agressivité gratuite. Elles se concentrent sur quelques semaines, celles où les poussins quittent le nid mais ne volent pas encore et se retrouvent au sol ou sur une corniche. Les parents défendent alors un périmètre de quelques dizaines de mètres. Levez la tête, cherchez la boule de duvet gris : elle est presque toujours là.
La parade est bête comme chou et elle marche : changer de trottoir pendant deux semaines, garder un parapluie ou un bras levé au-dessus de la tête, et ne pas courir. Ramasser un poussin tombé est en revanche une mauvaise idée dans la plupart des cas, les parents continuent de le nourrir au sol ; en cas de blessure visible, c'est un centre de sauvegarde de la faune sauvage qu'il faut appeler, pas la mairie.
Nourrir un goéland, c'est le problème de tout le quartier
Une frite jetée sur la plage n'est pas un geste isolé. Le goéland apprend vite, retient les lieux et les visages, et transmet l'habitude à sa descendance. Plusieurs communes littorales ont adopté des arrêtés municipaux interdisant le nourrissage des goélands sur l'espace public, avec amende à la clé. La logique est la même que pour les pigeons : on ne réduit pas une population en la nourrissant puis en s'en plaignant.
Sur le fond, la mesure qui a le plus d'effet est la gestion des déchets. Conteneurs fermés, bacs enterrés, sacs sortis le matin et non la veille au soir : là où ces dispositifs sont en place, la pression baisse en une ou deux saisons. La fermeture progressive des décharges à ciel ouvert en Europe a d'ailleurs fait chuter certaines populations côtières, au point que le goéland argenté figure désormais parmi les espèces en déclin sur la liste rouge nationale, ce qui surprend beaucoup de riverains excédés.
Un nettoyeur de littoral, même quand il agace
Le goéland occupe la place de charognard côtier que personne d'autre ne remplit à cette échelle. Il fait disparaître les poissons échoués, les déchets organiques et les cadavres de petits animaux, et il prélève sur les populations de crabes verts et de petits rongeurs. Les colonies servent aussi d'indicateur : la présence de polluants dans les oeufs de goéland est suivie depuis des décennies comme un thermomètre de l'état des mers côtières.
Son nid, fait de ce qui traîne, brindilles, algues sèches et parfois morceaux de plastique, raconte assez bien le rapport que cet oiseau entretient avec nous. Il ne s'est pas adapté à la ville par goût. Il s'est adapté à ce que nous y laissons traîner.
Résumer cet article avec :
Partager :
