Plongée sous les flots à la découverte des animaux marins

Le phoque moine de Méditerranée est l'une des espèces de phoques les plus rares et les plus menacées au monde.
Sommaire6 sections
  1. 01Le grand dauphin, celui qu'on peut vraiment voir
  2. 02L'otarie de Californie, l'acrobate qui pèse plus lourd qu'annoncé
  3. 03L'orque, un prédateur qui ne mange pas de tout
  4. 04L'éléphant de mer du Sud, le plongeur extrême
  5. 05Le grand requin blanc, redouté à tort
  6. 06Le phoque moine de Méditerranée, environ 700 survivants

Six espèces marines, six fiches techniques, et surtout six situations très différentes : l'orque et le grand dauphin se portent bien, le phoque moine de Méditerranée compte environ 700 individus sur toute son aire. Voici ce que les tableaux de taille et de poids ne disent jamais.

Les listes d'animaux marins se ressemblent toutes : une longueur, un poids, une longévité, trois lignes sur le régime alimentaire. Ce qui manque, c'est le reste : combien il en existe, où on peut en croiser depuis une côte européenne, et à quel point les chiffres publiés sont fiables. Les six espèces qui suivent sont classées de la plus commune à la plus rare, et vous verrez que la réputation d'un animal n'a presque aucun rapport avec son état de conservation. Pour élargir, on peut aussi regarder du côté des six espèces remarquables du continent asiatique.

Le grand dauphin, celui qu'on peut vraiment voir

  • Longueur : 2 à 4 mètres
  • Poids : 150 à 500 kg
  • Longévité : jusqu'à 40 ans, davantage chez les femelles
  • Gestation : 12 mois environ

Grand dauphin sortant de l'eau, rostre et aileron dorsal visibles

C'est le cétacé le plus accessible d'Europe. Une population sédentaire d'environ 400 individus vit dans le golfe Normand-Breton, autour des îles Anglo-Normandes et de la baie de Saint-Brieuc. D'autres groupes fréquentent le golfe du Lion et le bassin d'Arcachon. Un grand dauphin chasse au sonar, émet des clics à plus de 100 kHz et porte un sifflement signature qui lui sert de nom propre pendant toute sa vie.

Le mot pod, souvent employé dans les articles traduits de l'anglais, désigne simplement un groupe social. En français on parle de banc ou de groupe familial, structuré autour des femelles apparentées.

L'otarie de Californie, l'acrobate qui pèse plus lourd qu'annoncé

  • Longueur : 1,5 à 2,4 mètres
  • Poids : 70 à 110 kg chez la femelle, jusqu'à 350 kg chez le mâle adulte
  • Longévité : 20 à 30 ans
  • Gestation : environ 11 mois, avec un délai avant implantation de l'embryon

Otarie de Californie qui saute hors de l'eau près d'un rocher

Beaucoup de fiches donnent 50 à 100 kg pour l'espèce entière. Le chiffre ne vaut que pour les femelles : un mâle dominant de la côte californienne dépasse couramment 250 kg et peut atteindre 350 kg. Le dimorphisme est l'un des plus marqués chez les pinnipèdes.

On la distingue du phoque à trois détails visibles en une seconde : elle a des oreilles externes, elle marche sur ses quatre membres en repliant les postérieurs sous le corps, et elle se propulse avec les nageoires avant. Un phoque rampe sur le ventre et nage avec l'arrière-train.

L'orque, un prédateur qui ne mange pas de tout

  • Longueur : 6 à 8 mètres, jusqu'à 9,5 mètres chez les mâles
  • Poids : 4 à 8 tonnes
  • Longévité : 50 ans en moyenne, jusqu'à 80 ou 90 ans chez certaines femelles suivies dans le Pacifique nord
  • Gestation : 15 à 18 mois

Orque nageant en surface, aileron dorsal noir et tache blanche oculaire

L'appellation baleine tueuse vient d'une mauvaise traduction de l'espagnol asesina de ballenas, tueuse de baleines. L'orque est en réalité le plus grand des dauphins, pas une baleine.

Son régime varie selon les populations, et il varie de façon rigide. Les orques dites résidentes du Pacifique nord-est ne mangent que du poisson, principalement du saumon quinnat, et ignorent les phoques qui passent devant elles. Les orques transientes, génétiquement distinctes bien que vivant dans les mêmes eaux, chassent exclusivement des mammifères marins. Les deux groupes ne se mélangent pas et ne se reproduisent pas entre eux depuis des centaines de milliers d'années.

L'éléphant de mer du Sud, le plongeur extrême

  • Longueur : 4 à 6 mètres chez le mâle, 2 à 3 mètres chez la femelle
  • Poids : 2 à 4 tonnes chez le mâle, 400 à 900 kg chez la femelle
  • Longévité : environ 20 ans chez le mâle, 25 ans chez la femelle
  • Gestation : 11 mois environ

C'est le plus grand phoque du monde et le champion de plongée des mammifères marins : des balises posées sur des individus des îles Kerguelen ont enregistré des descentes au-delà de 2 000 mètres et des apnées de plus d'une heure. Le mâle doit son nom au gros appendice nasal qu'il gonfle pendant la saison de reproduction pour amplifier ses rugissements, audibles à plusieurs centaines de mètres sur une plage subantarctique.

Un mâle territorial garde un harem de plusieurs dizaines de femelles et jeûne pendant deux mois entiers sur la plage, perdant jusqu'à un tiers de sa masse. Les combats entre mâles laissent des cicatrices permanentes sur la poitrine.

Le grand requin blanc, redouté à tort

  • Longueur : 4 à 6 mètres
  • Poids : 1 à 2 tonnes
  • Longévité : jusqu'à 70 ans, confirmée par datation au carbone 14 des vertèbres
  • Gestation : environ 12 à 18 mois

Grand requin blanc nageant sous la surface, gueule entrouverte

Sa réputation ne correspond pas aux chiffres. On recense en moyenne une dizaine de morsures mortelles par an dans le monde, toutes espèces de requins confondues, contre plusieurs dizaines de millions de requins tués chaque année par la pêche. Le grand blanc est classé vulnérable par l'UICN et sa population mondiale est estimée à quelques milliers d'individus adultes.

Ses ampoules de Lorenzini, ces pores gélatineux répartis sur le museau, ne détectent pas les mouvements : elles captent les champs électriques infimes produits par les muscles et le cœur d'une proie, jusqu'à quelques milliardièmes de volt par centimètre. C'est ce qui lui permet de finir une attaque à l'aveugle, yeux révulsés au moment de la morsure. Cette famille de sens fait partie de ce qui rend les espèces marines les plus surprenantes des océans si difficiles à comparer aux grands prédateurs de la savane, qui chassent presque tous à vue et à l'odeur.

Le phoque moine de Méditerranée, environ 700 survivants

  • Longueur : 1,8 à 2,4 mètres
  • Poids : 240 à 300 kg chez l'adulte
  • Longévité : 20 à 30 ans
  • Gestation : 10 à 11 mois

Phoque au repos sur un rocher côtier, tête tournée vers l'objectif

Le plus rare de la liste, et de loin. Il subsiste des noyaux en mer Égée, sur les côtes turques, à Madère et dans la péninsule de Cabo Blanco entre le Maroc et la Mauritanie. La population totale est passée sous 500 individus dans les années 1990 ; elle est aujourd'hui estimée autour de 700, ce qui a permis à l'UICN de la reclasser de en danger critique à en danger en 2015. C'est l'une des rares bonnes nouvelles de ce dossier, et elle reste fragile.

Il a été chassé jusqu'au XXe siècle, puis délogé des plages ouvertes par le tourisme. Il met désormais bas dans des grottes marines à entrée immergée, ce qui complique les comptages et expose les nouveau-nés aux tempêtes. Quelques individus isolés réapparaissent depuis 2010 en Corse, en Sardaigne et sur la côte israélienne, sans qu'on puisse encore parler de retour. Ce statut le place dans la même catégorie que les dix animaux les plus rares de la planète.

Six espèces, trois statuts : préoccupation mineure pour le grand dauphin et l'éléphant de mer, vulnérable pour le grand blanc, en danger pour le phoque moine. La taille et la puissance ne protègent de rien. Ce qui décide, c'est le nombre de petits par an, la superficie de l'habitat disponible et la pression humaine sur les zones de reproduction.

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